Cancer de la prostate et Activité Physique Adaptée

par Collectif d'auteurs extérieurs le 2017-11-03
Catégorie : Nutrition et sport

Le cancer de la prostate est le plus fréquent à partir de 70 ans, et il augmente progressivement avec l’âge. Ainsi, plus de 69% des cancers de la prostate surviennent après 65 ans.

Quelques chiffres en France

Si l’hérédité joue un rôle assez faible d’environ 10%, le risque s’accroît si au moins deux parents proches ont eu un cancer de la prostate, ou si un proche a été atteint avant l’âge de 45 ans (La ligue contre le cancer, 2009).

En 2011, on estimait à 71200 le nombre de nouveaux cas de cancer de la prostate en France, le positionnant au premier rang des cancers chez l’homme (HAS, 2013).

La prostate est une glande hormonodépendante de l’appareil génital masculin qui permet la sécrétion du liquide séminal et participe à l’éjaculation en se contractant. Identifiable a une châtaigne pour sa forme et sa taille, elle se situe sous la vessie en avant du rectum, et entoure le début de l’urètre.

Avec l’âge, les modifications de la paroi vésicale sont à l’origine d’une désorganisation des mictions ainsi que d’une instabilité vésicale (HAS, 2013). De plus après 50 ans, le volume de la prostate augmente provoquant une compression de l’urètre entraînant des troubles urinaires.

Et l’activité physique dans tout ça…?

L’Activité Physique Adaptée consiste à proposer une activité physique et sportives qui s’adapte aux besoins et aux capacités des personnes prisent en charges. Elle s’inscrit dans les Interventions Non Médicamenteuses (INM) qui comptent également les thérapies psychologiques et les interventions diététiques. Les INM cherchent à résoudre, diminuer ou stabiliser un problème de santé ou un facteur de risque.

Ces dernières années, l’activité physique pratiquée de façon régulière a prouvé, au travers de nombreuses études, son innocuité ainsi que son efficacité sur la qualité de vie mais aussi sur la santé et ceux notamment dans la prévention de maladies chroniques comme les cancers, mais aussi pendant et après les différents traitements.

Si celle-­ci a montré de nombreux bienfaits sur le cancer du sein ou encore le cancer du côlon quand est-­il pour le cancer de la prostate?

Cancer de la prostate et Activité Physique Adaptée

La prévention Primaire

Tout d’abord l’activité physique joue un rôle important face au cancer en règle général tant pour prévenir l’apparition que pendant la maladie ou en phase de rémission. Outre le cancer du sein ou du colon d’autres études ont montré un effet préventif de l’activité physique sur le cancer de la prostate. Toutefois, l’IARC (centre international de recherche sur le cancer) en 2002 classe la relation entre l’activité physique et le cancer de la prostate comme une preuve limitée.

En effet, certaines études ont montré un effet positif entre le cancer de la prostate et activité physique alors que pour d’autres l’activité physique n’aurait pas un rôle protecteur (INSERM, 2008). Si la preuve reste limitée une revue de Kruk et Aboul­Enein qui fait référence à un ensemble d’études, dévoile que la moitié d’entre­ elles ont démontré que l’activité physique diminuait le risque de cancer de la prostate de 10 à 30%.

De plus, l’intensité de l’exercice aurait une importance puisqu’il est constaté que les hommes qui ont une activité vigoureuse ont une réduction du risque de 30 % comparé à ceux qui ont une activité physique de faible intensité (INSERM, 2008).
La mise en place d’un comportement actif

L’activité physique semble d’ailleurs avoir un intérêt accru sur la prévention des cancers hormonaux­ dépendants, dont le cancer de la prostate fait partie en freinant la croissance des cellules cancéreuses.

La mise en place d’un comportement actif va provoquer une diminution du taux d’œstrogène et de la sécrétion d’insuline, une amélioration de la sensibilité à l’insuline et de la captation du glucose par les muscles pendant 24 à 36 heures d’où la nécessité de réaliser 3 séances par semaine pour un effet continu sur l’ensemble de la semaine.

De plus, l’IGF1 qui est le facteur de croissance des cellules cancéreuses va voir son action s’amoindrir grâce à l’activité physique qui agit sur les molécules de l’inflammation en diminuant l’effet de la leptine (facteur de croissance des cellules tumorales) et en augmentant les sécrétions d’adinopectine (facteur de blocage de la croissance des cellules cancéreuses) (Barnard et al ; 2002). Néanmoins pour déclencher ces mécanismes de l’inflammation l’effet-­dose va être important et va se différencier selon le type de cancer.

Ainsi, en prévention primaire une activité assez vigoureuse et régulière semble être la clé pour entrer dans l’effet dose et avoir un rôle protecteur. Mais quel bénéfice l’activité physique peut-­elle jouer une fois le cancer de la prostate développé ?

Pendant et après le cancer

L’activité physique va permettre une diminution de la fatigue liée à la maladie d’environ 36% quelque soit le stade du cancer de la prostate (Cochrane Database 2008 et 2012). De plus, elle va jouer sur les effets secondaires du traitement qui vont s’atténuer, et les médicaments prescrits qui vont être moins toxiques pour l’organisme puisque l’activité va faire face à la fonte musculaire induite par la maladie et les traitements (Antoun et al 2010).

La pratique va aussi procurer une amélioration de la qualité de vie pour les personnes atteintes d’un cancer de la prostate que ce soit pendant ou même après le traitement si l’activité physique est prolongée (McNeely et al ; 2006).

A cela s’ajoute une amélioration de l’image corporelle, et du sommeil, ainsi qu’une diminution de l’anxiété et des symptômes dépressifs (Dujits et al 2011).

Enfin, l’activité va permettre une diminution du risque de rechute de 50% vis­-à­-vis de patients moins actifs.

Attention, malgré les nombreux bénéfices de l’activité physique, sa pratique ne permet pas de remplacer les traitements qui sont indispensables mais de les potentialiser.

Quelles activités à quelles intensités?

Pour le cancer de la prostate il faudrait réaliser un minimum de 150 minutes d’activité par semaine. Le cancer de la prostate étant constaté à un âge avancé vers 70 ans en moyenne, Courneya et al (2004) conseillent de réaliser 30 minutes d’activité minimum chaque jour à une intensité modéré (55­70% Fc max).

Pour prévenir, potentialiser l’effet des traitements, ou lors de la rémission on peut pratiquer des activités d’endurances à savoir : la marche active ou encore le vélo que ce soit cyclisme ou sur ergocycle ont fait preuve de leur efficacité. D’autres activités peuvent être proposées comme du renforcement musculaire contre résistance. Pour ce type d’exercice, il est recommandé 3 séances par semaine avec un jour de récupération, l’incrémentation doit être faible et progressive (< 10% de la charge/semaine) tout comme la charge.

Lutter contre l’incontinence urinaire

Chacun des exercices en résistance peut être effectués sur 2 séries avec 10 à 15 répétitions (Segal et coll., 2001). En outre, le renforcement musculaire, notamment des muscles du plancher pelvien, peut­ être bénéfique pour lutter contre l’incontinence urinaire qui est l’un des symptômes et l’un des effets secondaires du traitement de la prostate (Moore et al, 2001 ; Castille et al, 2003).

Ainsi, chez les patients atteints de pathologies cancéreuses, l’activité physique adaptée permet d’obtenir de réel bénéfices sur l’amélioration de la qualité de vie, la diminution de la fatigue et les effets secondaires, mais aussi sur la prévention des récidives. Cependant, il est nécessaire de prendre en compte l’état de fatigue avant de mettre en place un programme d’activité physique. Une prescription appropriée doit circonscrire et prévenir les risques.

Pour aller plus loin :

Mots-clés : movember, cancer, prostate, activité physique