Sport sans gluten : la médaille est-elle sans revers ?

par Patricia Léveillé - INRA le 2017-09-08
Catégorie : Nutrition et sport

Un régime alimentaire appauvri en gluten est-il la clé pour améliorer son bien-être et ses performances physiques ? Chercheurs et médecins en régions Auvergne et Pays de Loire vont tenter de répondre à la question avec la participation d’athlètes locaux.

Le sans gluten a la cote chez les sportifs ! Selon une étude publiée en 2015 (1) sur un millier d’athlètes de niveau mondial, 40 % suivent un régime sans ou appauvri en gluten. La majorité déclare se porter mieux, pourtant ils ne sont que 6 % à se baser sur un avis médical. Et que dire de Novak Djokovic qui affirme que sa carrière de tennisman a décollé quand il a évincé le gluten de son alimentation ! « Quel buzz en effet, mais cet engouement manque de fondement. Nous n’avons pas assez de preuves scientifiques pour étayer le rôle du gluten sur la qualité de vie et les performances sportives », déclare Yohann Wittrant, coordinateur du programme GlutHealth dont l’objectif est de déterminer l’impact de la consommation de gluten chez le sportif de haut niveau. Reconnu responsable de certains problèmes de santé liés à la maladie cœliaque et l’allergie au blé, le gluten est également pointé du doigt dans d’autres complications digestives et extradigestives. Alors, les sportifs ont-ils raison d’évincer ces protéines de leur alimentation ? Cet emballement présente-t-il une réalité ? Spécialiste de la nutrition et de la santé ostéoarticulaire au sein de l’unité Nutrition humaine à l’Inra Auvergne-Rhône-Alpes, Yohann Wittrant n’a pas de parti pris : « pour le savoir, il faut mettre des chiffres et de la science derrière le ressenti, les impressions et les témoignages ».

Sport et science, à fond la forme

Les scientifiques vont recruter au total une soixantaine de marathoniens, trailers et ultratraileurs, tous aguerris aux sports extrêmes et d’endurance. Ce choix présente plusieurs avantages. Les troubles digestifs sont exacerbés chez les athlètes de haut niveau : 20 % déclarent en souffrir à la suite d’un exercice physique intense et/ou prolongé. Les sportifs sont particulièrement prédisposés aux allergies d’effort, qui vont de l’eczéma au choc anaphylactique (2). Ce sont aussi de gros consommateurs de féculents, en particulier pain et pâtes, qui contiennent du gluten.

« La question de la sensibilité au gluten est très vaste. Il est plus pertinent de commencer par une niche, et de s’intéresser ensuite à la population générale, » détaille Yohann Wittrant. Car la mode pour les régimes sans gluten dépasse largement le cadre sportif. Les ventes de produits « gluten free » s’envolent littéralement aux USA et en Europe depuis une dizaine d’années (3). Mais comment les scientifiques vont-ils déterminer l’influence de la consommation de gluten sur la qualité de vie et les performances des athlètes ? Depuis début 2017, un premier groupe de volontaires, 2/3 d’hommes et 1/3 de femmes d’une moyenne d’âge de 35 ans, substituent une partie de leur apport en féculent par les produits appauvris en gluten fournis par le projet. GlutHealth ne se focalise pas sur une éviction totale du gluten. « Les participants n’ont pas besoin de modifier leur structure alimentaire. Nous estimons la quantité de gluten ingéré, avec ou sans appauvrissement, pour en déterminer l’impact sur le sportif, » explique le chercheur.

Des études sur la relation entre gluten et sport

Tests d’effort, questionnaires sur le bien-être général et digestif, prises de sang, prélèvements de fèces... Les données récoltées ne serviront pas seulement à lever le voile sur l’existence ou non d’une relation entre gluten et sport. Elles seront décortiquées par les équipes partenaires pour observer l’impact sur le métabolisme général, la composition du microbiote intestinal, le métabolisme des tissus de l’appareil locomoteur et les mécanismes impliqués dans la réponse immunitaire. Yohann Wittrant espère que les résultats de ces travaux aideront à rationaliser l’hypothèse de l’implication du gluten dans la physiopathologie de l’athlète « pour améliorer la prise en charge nutritionnelle au sein des fédérations sportives. Mais pas seulement, nous avons, de toute façon, besoin de critères objectifs pour vérifier l’hypothèse gluten et pourquoi pas optimiser les gammes des produits transformés, avec ou sans gluten, pour les étendre aux personnes sensibles. Éliminer des aliments de son régime n’est ni anodin ni sans risque ».

Autant éviter les revers !

Qualité de vie et performances sportives quand on suit un régime sans gluten

Pour aller plus loin :

(1) Selon une étude publiée en 2015, sur un millier d’athlètes de niveau mondial, 40 % suivent un régime sans ou appauvri en gluten. Bien qu’ils ne soient que 6 % à se baser sur un cadre médical suivi, la majorité (80 %) déclare se porter mieux. Source : Lis et al., (2015). (2) Exemples : Syndrome de Maulitz et Kidd et syndrome de Novey. (3) Les ventes de produits sans gluten devraient atteindre 6,6 milliards de dollars cette année. Source : FFAS, novembre 2016 : Le gluten. État des lieux du Fonds français pour l’alimentation et la santé.

Mots-clés : Allergie, gluten, régime alimentaire, sport, blé